Changer le modèle de démocratie à partir de listes citoyennes 

Et si on s’inspirait davantage du municipalisme libertaire ?

En 2012 et 2018, lors des dernières élections communales en Belgique, nous avons pu observer une recrudescence de listes citoyennes. Certaines ont été élues, d’autres pas. L’une d’elles a même réalisé le meilleur scrutin et s’est vu attribuer le rôle de bourgmestre et les clés pour constituer une majorité…mais a finalement choisi de se retirer, ne se sentant pas à la hauteur de cette lourde tâche.

Animées d’une envie « que ça change », « que ça se passe autrement », « d’être entendu·e·s » ou encore « d’insuffler une autre logique du faire politique », certaines de ces initiatives citoyennes se sont constituées pour opérer un changement de paradigme démocratique en tentant de rendre le pouvoir politique aux citoyen·ne·s. Pourtant, plusieurs semblent peiner à faire bouger les lignes de la vie politique locale.

Au cœur des problèmes rencontrés se trouve entre autres la difficulté de combiner deux logiques antagonistes de la démocratie : la logique représentative qui prévaut dans les organes politiques et la logique de démocratie directe ayant cours au sein des certaines listes citoyennes. De plus, ces initiatives étant souvent relativement jeunes, elles ne peuvent s’appuyer sur une base citoyenne suffisamment forte que pour supporter l’entrée dans le jeu des élections sans que cela ne fragilise la dynamique du groupe. Face à ces différentes tensions, beaucoup s’épuisent et certaines finissent même par jeter l’éponge.

Sans vouloir considérer le municipalisme libertaire[1] de Murray Bookchin comme un modèle unique et idéal, Periferia a vu dans cette proposition de structuration de la démocratie, plusieurs clés intéressantes à mettre en parallèle avec les défis que rencontrent ces listes citoyennes. L’exploration qui va suivre a pour objectif de mettre en avant certains aspects théoriques et pratiques issus du municipalisme libertaire et voir en quoi ces éléments pourraient venir outiller, inspirer ou guider certaines listes citoyennes.

Le municipalisme libertaire, c'est quoi ? 

Projet politique de l’écologie sociale, le municipalisme libertaire propose de résoudre les crises sociale, économique et écologique en opérant une transformation radicale de nos démocraties par la restitution du pouvoir politique aux citoyen·ne·s réuni·e·s en assemblées

© Debbie Bookchin, Own work / CC BY-SA 4.0
© Debbie Bookchin, Own work / CC BY-SA 4.0

Une définition pas si simple qui résume pourtant bien la pensée de Murray Bookchin. Décortiquons-la, ensemble !

Rompre avec la logique de hiérarchie et le principe de domination comme clés de résolution des différentes crises contemporaines

Tirer profit de personnes mal payées, établir supériorité et avantages selon le genre, considérer la nature et les animaux comme des variables d’ajustement pouvant être sacrifiées au nom du profit et du « toujours plus »... pour Murray Bookchin, ces situations ont en commun de s’établir sur le concept de hiérarchie, sur l’idée que les humains et les espèces vivantes ne sont en rien égaux.

Cette conception du monde hiérarchisante est le fondement des différents comportements de domination et d’exploitation. Une hiérarchie entre les espèces et les humains qui mène à des relations de domination :

  • domination d’humains sur d’autres humains,
  • de l’homme sur la femme,
  • de l’humain sur la nature et les animaux.
municipalisme illu

Cette manière de considérer le monde et d’agir, basée sur une vision inégalitaire, a engendré des crises sociales et écologiques majeures. Et puisque celles-ci sont nées d’un déséquilibre des relations, Bookchin envisage ces crises, quelles qu’elles soient, avant tout comme des problèmes sociaux qui doivent être solutionnés dans ce même champ social : à un problème social, la réponse doit être sociale. Son idée est qu’en transformant radicalement le modèle démocratique en un modèle égalitaire et non hiérarchique, les citoyen·ne·s seront à même de résoudre les différentes crises provoquées par ce modèle hiérarchique.

En d’autres mots : si l’organisation de nos vies est régie par la hiérarchie et l’exploitation provoquant des crises sociale et écologique majeures, alors tentons de les gérer par la collaboration et l’égalité pour sortir de ces crises.

rapports dominations

Un modèle de démocratie directe basé sur des assemblées citoyennes

Pour parvenir à transformer radicalement nos institutions politiques, économiques et sociales en rompant avec cette structure hiérarchie et inégalitaire, Bookchin défend l’idée d’un modèle de démocratie directe donnant l’ensemble des pouvoirs de décisions et d’administration aux citoyen·ne·s réuni·e·s en assemblées locales.

À l’inverse de la démocratie représentative et l’idée d’un projet démocratique qui serait mené par le haut, le municipalisme libertaire propose de repartir des citoyen·ne·s réuni·e·s en assemblées populaires avec pour objectif de les substituer à l’État-nation en lui faisant perdre pouvoir et légitimité.

Au lieu d’être gérées par des Gouvernements globaux (fédéral, régional, communautaire), les problématiques sociales, écologiques et économiques locales seraient alors traitées localement « […] par des assemblées populaires composées des résident·e·s du quartier, du village ou de la municipalité »[2].

A travers ces assemblées locales, la dynamique délibérative est toute autre. Chaque voix est reconnue et légitime. Les décisions sont prises sur base d’une éthique d’égalité, dans une dynamique de débat et un esprit de coopération plutôt que de rivalité.

Un retour au local…sans s’y enfermer

Pour autant, Bookchin met en garde contre les dérives de s’enfermer dans une vision localiste et communautaire. Il pointe les risques de repli communautaire : ni l’autarcie, ni l’autosuffisance locale totale ne sont souhaitables.

Si les assemblées doivent pouvoir se constituer au niveau local et les citoyen·ne·s reprendre le pouvoir sur les enjeux locaux, toutes ces assemblées doivent rester connectées les unes aux autres, dans une sorte de confédération des assemblées.

De même, Bookchin est lucide sur le fait que certaines questions qui affectent d’autres territoires ou d’autres personnes ne peuvent et ne doivent pas être traités uniquement au niveau local. Pour ces questions, le municipalisme libertaire prévoit un système de délégué·e·s issu·e·s des assemblées populaires qui se réuniraient en conseils régionaux, nationaux et transnationaux pour traiter de ces questions. Ces délégué·e·s seraient choisies par chaque assemblée populaire, qui leur accorderait un mandat impératif et révocable à tout moment.

fonctionnement ML

Utiliser les élections locales pour faire basculer nos démocraties représentatives en démocraties directes : oui, mais…

 Une stratégie de transition, pas un accomplissement en soi

Comment passer du modèle de démocratie représentative au modèle de démocratie directe prôné par le municipalisme libertaire ? Une des stratégies serait de « […] gagner les élections municipales afin d’occuper et de transformer radicalement les institutions de la commune de l’intérieur. Cette transformation radicale consisterait à transférer le pouvoir public conféré par les élections, des mains des élus officiels vers celles des assemblées populaires, confédérées entre elles »[3].

La phase de transition d’un modèle démocratique à un autre est dite période de « double pouvoir » ; stade durant lequel coexistent les modèles de démocratie représentative (via les élu·e·s issu·e·s des partis) et de démocratie directe (via les élu·e·s délégué·e·s par l’assemblée citoyenne).

La stratégie visant à infiltrer le pouvoir politique « représentatif » au même titre que les élu·e·s issu·e·s de partis n’est donc qu’un moyen pour faire perdre la légitimité politique que détenait jusqu’alors les institutions représentatives et progressivement instaurer la démocratie directe basé sur des assemblées locales.

Cette stratégie est temporaire : elle ne s’applique que le temps de la reconquête de l’ensemble des pouvoirs politiques par des assemblées citoyennes.

Dans cette optique de reprise du pouvoir par le bas, Bookchin propose que certain·e·s membres issu·e·s d’une assemblée populaire participent « […] aux élections locales afin de lier les mandats politiques municipaux aux décisions de l’assemblée populaire, l’objectif n’est pas de simplement mieux gérer l’administration municipale, mais bien de donner le pouvoir aux assemblées populaires décisionnelles basées sur la démocratie directe, et de rendre possible des alternatives économiques en opposition aux institutions existantes soumises aux logiques du capital »[4].

Les élections locales sont donc utilisées comme une stratégie de transfert permanent du pouvoir vers les citoyen·ne·s « non élu·e·s » et non comme l’intégration d’élu.e.s issu·e·s d’assemblées populaires à la gestion de la politique locale.

transfert pouvoirs

« En résumé, le municipalisme libertaire entend revitaliser les possibilités démocratiques présentes de façon latente dans les gouvernements locaux existants, et transformer ceux-ci en démocraties directes. Le but est de décentraliser ces communautés politiques de manière à ce qu’elles retrouvent une échelle humaine et soient adaptées à leur environnement naturel. Il s’agirait donc de restaurer les pratiques et les qualités de la citoyenneté afin que les femmes et les hommes prennent collectivement la responsabilité de la conduite de leurs propres communautés, suivant une éthique du partage et de la coopération, plutôt que de s’en remettre à des élites. Lorsqu’on aura créé ces démocraties directes, les municipalités démocratisées pourront être réunies dans des confédérations capables de s’attaquer enfin au capitalisme et à l’État-nation, pour aboutir à une société anarchiste, écologique et rationnelle. »

(Biehl & Bookchin, 2013, p.22-23)

Pour en savoir plus sur le municipalisme libertaire : un article du média Reporterre :
"La pensée essentielle de Murray Bookchin, fondateur de l'écologie sociale"

L'expérience municipalité de Jackson : deux points d'attention

Dans plusieurs régions du monde, des assemblées populaires ont tenté avec plus ou moins de succès de reprendre le pouvoir politique au niveau local en participant aux élections municipales : « Des “mairies du changement” en Espagne au mouvement transnational des Fearless Cities, du confédéralisme démocratique du Rojava au Kurdistan à une partie du mouvement des Gilets jaunes réunie dans les “assemblées des assemblées”, de certaines ZAD (zones à Défendre) aux plateformes citoyennes en vue des élections municipales de 2020 en France, des expériences se réclament aujourd’hui du municipalisme ou du communalisme »[5].

La chercheuse Sixtine van Outryve (2020) [6] a étudié l’expérimentation municipaliste à Jackson (voir encadré ci-dessous) dans le Mississippi aux États-Unis.

Our Power Campaign: Educate, Motivate, Cooperate for Climate Justice Source: Cooperation Jackson – Via le site The Urban Transcripts Journal, consulté le 3 mars 2022.

Quelques éléments contextuels de l’expérience municipaliste de Jackson

Située dans le sud des États-Unis dans l’état du Mississippi, la ville de Jackson est composée à 85% d’une population afro-américaine. L’histoire de la ville a été marquée par l’esclavage et les grandes inégalités raciales qui ont suivi. Dans les années soixante durant la période de luttes pour les droits civiques, elle fut le foyer de nombreuses contestations victorieuses pour l’accès aux institutions politiques de la population afro-américaine.

A la suite de la désindustrialisation qui marqua la fin des « trente glorieuses », la population s’est retrouvée grandement précarisée au niveau de l’emploi et des moyens de production. Jackson est aujourd’hui une des villes les plus pauvres des États-Unis. C’est de cette analyse et dans ce contexte qu’est né, à l’initiative du mouvement de libération noire, le Jackson-Kush Plan.

Ce plan stratégique a pour objectif d’utiliser les moyens municipalistes pour permettre l’autodétermination politique de la classe travailleuse noire, en partant du postulat que l’autodétermination politique n’est réalisable sans l’autodétermination économique. À cette fin, le plan allie trois axes complémentaires : la création d’assemblées populaires, la création d’un réseau de candidat·e·s pour gagner les élections locales et la construction d’une économie sociale et solidaire permettant de redonner du pouvoir quant aux conditions de vie et de travail de la classe travailleuse afro-américaine.

Des assemblées populaires se sont mises en place et ont permis à la fois de répondre à des problèmes concrets de la communauté et de construire une nouvelle culture de la démocratie directe tout en lançant des actions de pression dirigées vers les pouvoirs politiques. Ce sont ces mêmes assemblées qui ont donné mandat à Chokwe Lumumba de se présenter aux élections municipales. Il est d’abord élu comme conseiller communal en 2009 et puis devient maire en 2013. En février 2014, après 7 mois de mandat il meurt en laissant derrière lui un mouvement déboussolé. « Parmi les nombreux projets qui devaient être portés grâce à l’accès au pouvoir de la municipalité, le développement des liens de dialogue et de contrôle entre les assemblées populaires et l’administration municipale subit un arrêt brutal » (Outryve, 2020, p. 238).

Son fils lui succède, mais malgré l’aura de son père, il n’est pas issu du mouvement de la base et des différends politiques et stratégiques mettent fin en 2018 aux liens entre l’administration locale et le mouvement. « Faute d’accès au pouvoir et aux ressources institutionnelles, le mouvement se concentre désormais sur la création d’espaces pour permettre la prise de décisions collectives (comme des budgets participatifs ou des budgets pour les droits humains), ainsi que sur la construction d’une fédération de coopératives de travailleurs et travailleuses autonomes […] » (Outryve, 2020, p. 238).

 Source : Outryve, S. V. (2020). Le droit réinventé : La lutte des mouvements municipalistes pour le droit de la démocratie directe. In Bailleux, A., & Messiaen, M. (dir.), À qui profite le droit ? Le droit, marchandise et bien commun (p. 221-242). Anthemis.

De ses conclusions nous pouvons relever deux points d’attention relatifs à cette stratégie de transfert du pouvoir vers les assemblées citoyennes :

  1. Avant de participer aux élections communales, l’importance de construire une assemblée populaire forte

Le premier point d’attention soulevé par Sixtine Van Outryve est qu'il est « […] crucial pour tout mouvement municipaliste de commencer par entreprendre la tâche de construction de l’assemblée populaire comme institution autonome et d’éducation à la démocratie directe, avant d’adopter la stratégie d’occuper les institutions municipales »[7]

Participer à une dynamique électorale pour un mouvement municipaliste est éprouvant et quelque fois peut lui être fatal. D’abord - comme expliqué plus haut - parce que c’est une logique contraire à la démocratie directe. Ensuite, parce que c’est énergivore. Mais surtout, parce que se présenter aux élections municipales implique de mettre en avant les personnes candidates ; ce qui peut engendrer des tensions au niveau de la personnification du mouvement. Il s’agira donc de ne pas s’y précipiter avant d’avoir en amont posé des bases solides et capables de faire face à ces tensions. Car construire et établir un fonctionnement d’assemblée populaire qui ne sera pas anéanti par l’expérience électorale et sa logique représentative, demande à cette assemblée d’éprouver son fonctionnement dans le temps et pour les personnes qui y participent d’acquérir, d’intégrer et de construire ensemble de nouvelles habitudes et manières de fonctionner.

En somme, il s’agit de coconstruire une nouvelle culture de la démocratie, en prenant le temps d’expérimenter et d’apprendre d’autres fonctionnements que ceux de la démocratie représentative, et ce avant d’aller s’y frotter. Le risque sinon est de tomber rapidement dans le jeu de la démocratie tel qu’il se déroule dans notre système représentatif. Les municipalistes élu·e·s deviendront alors de « simples » porteur·se·s de voix citoyennes au même titre que le sont les élu·e·s partisan·e·s pour les membres de leur Parti. Le fonctionnement démocratique n’en sera pas transformé et les logiques de domination se poursuivront librement.

  1. Inscrire et développer la démocratie directe à l’ensemble des sphères affectant la population et son territoire

Un second point d’attention très important de la pensée de Bookchin est de ne pas limiter l’exercice de la démocratie directe uniquement à la sphère institutionnelle. Le fait d’ouvrir l’exercice du pouvoir de la démocratie directe à d’autres sphères comme « […] la sphère du travail, du logement, de l’alimentation, de l’énergie, des services publics, de la production, est également nécessaire afin de permettre à la population de prendre les décisions sur des sujets qui l’affectent directement […] »[8].

En effet, l’objectif du municipalisme libertaire au-delà du transfert des pouvoirs politiques aux citoyen·ne·s réuni·e·s en assemblée, est de relocaliser autant que possible la gestion et l’administration des domaines économiques et sociaux qui sont dans nos modèles représentatifs souvent cantonnés à des niveaux de pouvoir supérieurs à celui de l’échelle municipale. Ce point peut sembler audacieux, il est pourtant essentiel si l’on envisage un modèle où les citoyen·ne·s réuni·e·s en assemblées reprendraient le pouvoir sur des enjeux majeurs qui les concernent directement.

Ainsi, il s’agit de développer des initiatives économiques et sociales qui soient en mesure de trouver des réponses concrètes aux besoins quotidiens des membres de l’assemblée populaire. Ce qui constitue une réappropriation des pouvoirs économiques et sociaux par les citoyen·ne·s et inscrit l’exercice de la démocratie directe dans l’ensemble des questions qui affectent un territoire et ses habitant·e·s.

Il s’agit de reprendre le pouvoir sur l’Etat-Nation pour le transférer vers les assemblées citoyennes confédérées, afin de permettre aux citoyen·ne·s de prendre des décisions qui impactent réellement leur vie.

Quelles balises pour soutenir les listes citoyennes porteuses de ce changement de modèle démocratique ?

S’il est clair que toutes les listes citoyennes ne cherchent pas à opérer ce basculement vers une démocratiedirecte basée sur des assemblées citoyennes, il nous a semblé intéressant d’explorer la pensée de Bookchin qui redonne du sens à plusieurs de leurs pratiques : des élu·e·s issu·e·s d’assemblées et porte-paroles de ces dernières, ne pas se limiter aux seul·e·s membres de leur liste, mais vouloir « raccrocher à la politique » tou·te·s les habitant·e·s, organiser régulièrement des assemblées citoyennes ouvertes à tou·te·s pour débattre des sujets à porter au sein du Conseil et/ou du Collège, construire les décisions collectivement dans le respect de la diversité des opinions… Malgré ces spécificités, et comme vu précédemment, la participation d’un mouvement citoyen à une logique électorale comporte bien des difficultés et demande d’être murement réfléchie.

Dans cette publication, nous souhaitons mettre en avant des pistes pour s’inspirer des réflexions de Bookchin quant au potentiel de transformation soci(ét)ale que constitue un modèle de société reposant sur des assemblées citoyennes locales confédérées.

Prendre le temps de coconstruire une culture démocratique au sein des assemblées citoyennes

Se pose d’abord la question du timing. Bien des listes citoyennes semblent se construire autour du calendrier électoral et ses échéances : les listes se forment peu avant les élections ET en vue des élections. Pourtant, il ne fait pas de doute que celles et ceux qui font le pas de se rassembler en liste sont pour la plupart des citoyen·ne·s déjà engagé·e·s dans leur territoire et bien souvent, iels le font avec l’envie de reprendre ensemble un pouvoir politique ou au moins d’insuffler une autre manière de faire politique.

Ne serait-il pas intéressant de revoir ce paradigme : ne plus attendre la perspective des élections pour se rassembler et déjà initier des assemblées citoyennes pour qu’une majorité de citoyen·ne·s soient prêt·e·s à utiliser ce fonctionnement collectif une fois la liste élue ? Cela serait d’autant plus pertinent que le choix de se présenter aux élections serait dès lors une décision collective émergeant d’une base citoyenne plus large.

De plus participer aux élections locales détourne une grande partie de l’énergie disponible au sein de ces mouvements. Difficile d'envisager l’apprentissage et la construction d’une culture commune à l’ensemble des membres de l’assemblée en même temps que l’on cherche à intégrer le jeu politique représentatif.

Le risque est que l’énergie soit trop accaparée par cette participation électorale et ne permette plus la construction d’une culture de la démocratie directe entre tou·te·s les membres de l’assemblée. Faute de temps et d’énergie, les personnes participant aux élections risquent de se couper du reste de l’assemblée. La conséquence est que cette culture se forge alors entre les personnes à l’initiative de la liste formant une sorte de « noyau dur » et sur qui semble reposer l’entièreté du portage de l’assemblée. Devenant alors des leaders – même sans le vouloir – que les autres suivent de plus loin, tel·le·s des sympathisant·e·s plutôt que comme membres décideurs.

Changer la culture démocratique et son modèle prend beaucoup de temps et d’énergie, de même que participer au jeu électoral local.

En résumé, l’enjeu se situe surtout dans le fait de ne pas négliger l’importance de la construction d’une culture commune de la démocratie directe au sein des assemblées, qui dans l’idéal devrait être un des premiers pas des listes citoyennes. Ceci afin que ces assemblées soient des entités suffisamment fortes et autonomes pour pouvoir se permettre d’envisager par la suite le projet de lier l’assemblée à des mandats politiques via la participation aux élections municipales de certains de ses délégué·e·s et de ne pas perdre de vue leur volonté de transformer, à terme, le système politique représentatif en système de démocratie directe.

Dans le cas contraire, les personnes portant les mandats politiques courent le risque de ne pas savoir de qui iels sont les porte-paroles et de perdre en légitimité politique. Une évidence et pourtant… ce n’est pas si rare de voir une liste citoyenne n’être, au fil du temps, plus représentative que de celleux qui y figurent ; les citoyen·ne·s participant de moins en moins aux assemblées qu’iels jugent finalement assez semblables aux réunions politiques classiques.

Participer aux élections pour transférer le pouvoir vers l’assemblée et non comme une tentative de mieux administrer les institutions locales

La manière d’envisager la participation aux élections par Bookchin donne, selon nous, des éléments de positionnement intéressants pour les listes citoyennes qui s’inscriraient dans de telles finalités.

Premièrement, la participation aux élections est envisagée comme une stratégie et non une fin en soi.C’est un moyen à disposition des listes citoyennes pour rendre le pouvoir aux citoyen·ne·s réuni·e·s dans leur assemblée. Ce n’est donc qu’une option parmi d’autres, et l’on peut envisager de ne pas passer par cette étape.

Deuxièmement, la participation aux organes politiques « classiques » par les élections n’a donc pas non pour finalité de mieux administrer les institutions locales. Cette idée reprend deux dimensions fondamentales.

D’abord, il s’agit d’ouvrir les champs politiques à d’autres compétences que celles que se reconnaissent les institutions locales. C’est-à-dire réintroduire des sujets de discussion (et donc de décision) qui ne sont plus discutés au niveau local car considérés comme dépendants d’autres niveaux de pouvoir. C’est par exemple ce qu’ont fait certaines communes belges en se déclarant communes hospitalières alors que l’État Fédéral, compétent en matière d’immigration, adoptait une position tout à fait hostile à l’immigration.

Ensuite, il ne s’agit pas « d’envoyer » des délégué·e·s issu·e·s d’une assemblée dans l’arène politique décidant en leur nom propre, mais bien d’envoyer des porte-paroles des décisions prises par l’assemblée. Une fois élue, l’aller-retour entre l’assemblée et la personne déléguée par l’assemblée pour participer aux élections reste permanente.

Plus globalement, il semble antinomique de vouloir à la fois mieux administrer la commune en rejoignant l’équipe des élu·e·s locaux et vouloir en même temps changer la culture démocratique représentative pour une démocratie directe.

Le fonctionnement par délégation demande une autre temporalité et d’autres dispositifs, il n'est pas question pour le/la délégué·e de prendre des décisions tout·e seul·e ou de devenir expert·e dans tel ou tel domaine, mais de prendre le temps en assemblée de s’approprier collectivement les sujets et pouvoir par la suite construire une réponse commune.

Être soumis à l’agenda politique communal ou devoir fournir des réponses sur des sujets qui demandent plus de temps et réflexions à l’assemblée, sont quelques exemples d’une mise sous pression de la logique représentative que subissent les assemblées citoyennes et qui nous semblent leur être dommageable.

Face à une telle incompatibilité de cultures démocratiques, il nous semble pertinent que les listes citoyennes priorisent le développement et la construction de leur propre culture de la démocratie directe au sein de leurs assemblées plutôt que le bon suivi de l’agenda politique institutionnel local.

L'espérience de Commercy

Comme dans beaucoup de villes de France, des citoyen·ne·s de la municipalité de Commercy ont endossé leur gilet jaune et se sont réuni·e·s pour bloquer des ronds-points et des péages.

La mobilisation est forte et assez vite, le mouvement spontané se structure autour d’une cabane de fortune installé à côté d’un rond-point. Des assemblées pour débattre et décider des futures actions s’y organisent chaque jour, autour d’un repas ou d’une collation partagée. Le mouvement se structure, interpelle les élu·e·s, tente d’organiser un référendum local… Face à l’ampleur du mouvement, le Gouvernement appelle à constituer un groupe de représentant·e·s des GJ.  Un modèle rejeté par les commercien·ne·s qui lancent un appel à se rassembler au sein d’une « assemblée des assemblées ».

Découvrez leur argumentaire ici 

Construire un agenda politique citoyen afin de renforcer l’assemblée et faire grandir le mouvement

Une fois que les listes « ont gagné » certain·e·s élu·e·s, il est vite tentant de vouloir se saisir des sujets politiques « sur la table » et de se positionner par rapport à eux. On suit alors l’agenda politique de la majorité en place et/ ou de l’actualité. Pour éviter ce travers – et rester dans la logique de transférer les pouvoirs politiques vers l’assemblée citoyenne –, il semble intéressant de coconstruire un agenda politique au sein des assemblées : définir ensemble la liste des points à discuter au sein de l’assemblée en repartant des besoins et constats exprimés par ses membres. Il s’agit ainsi de ne pas tomber dans les travers de vouloir répondre à tout prix aux préoccupations mises sur la table par les élu·e·s de la majorité mais d’apporter sa propre liste de préoccupations issues de l’assemblée citoyenne. De cette manière, la liste joue son propre jeu politique au sein de l’arène et ne perd pas le sens de ce qu’elle défend.

Construire son agenda politique permet de maintenir une assemblée vivante et alerte sur la direction suivie et de faire grandir le mouvement citoyen. La pratique de dialogue régulier entre citoyen·ne·s réuni·e·s au sein de l’assemblée permet de faire émerger les constats, besoins et projets qui les (pré)occupent. À partir de là, iels peuvent établir collectivement un agenda politique, cohérent pour tou·te·s, des sujets à traiter prioritairement. Cela garantit à l’assemblée de garder la main sur les sujets qu’elle mettrait en discussion politique avec d’autres, en y consacrant le temps qui lui semble nécessaire pour prendre une décision.

En plus de constituer une mise en pratique concrète d’une réappropriation collective du pouvoir politique, ces échanges permettent de construire une culture commune de la démocratie directe au sein de l’assemblée. Il nous semble également qu’une dynamique qui repartirait des enjeux locaux portés par les citoyen·ne·s pourrait davantage mobiliser de nouveaux membres se sentant peu interpellé·e·s ou intéressé·e·s par les questions à l’agenda politique des institutions représentatives locales. La liste citoyenne peut alors recourir à des diagnostics territoriaux réguliers, mener des enquêtes auprès des citoyen·ne·s, programmés des assemblées sur des thèmes ou dans des territoires (quartiers, villages, hameaux, etc.) ou auprès de publics (seniors, femmes, jeunes parents, étudiant·e·s, personnes immigrées, personnes porteuses d’un handicap, etc.) spécifiques.

Adapter la taille du territoire et/ou de la population à l’exercice de l’assemblée

Et enfin, la dernière clé importante réside dans la taille du territoire couvert et/ou de la population concernée par l’assemblée populaire.

Les listes citoyennes prenant souvent comme point de départ les élections locales, le territoire auquel elles s’adressent couvre souvent l’ensemble de la commune. En Belgique, certaines communes ne représentent qu’un petit territoire et/ou un petit nombre de citoyen·ne·s, néanmoins à la suite de la fusion des communes, la taille d’une commune moyenne environne aujourd’hui les 20.000 habitant·e·s.

La possibilité de réunir, au sein d’un même espace, un si grand nombre de personnes semble peu pertinent au regard des besoins liés à l’exercice de la démocratie délibérative.

La dynamique des assemblées imaginée par Bookchin en fait des espaces de dialogue où les singularités et antagonismes doivent pouvoir s’exprimer et être pris en compte afin de construire ensemble des solutions qui soient au plus proche des réalités vécues.

Ces différentes conditions ne semblent pouvoir être réunies qu’au sein d’assemblées citoyennes qui seraient le reflet d’une petite fraction de territoire. Ainsi, idéalement, une assemblée pourrait, en fonction des réalités démographiques et géographiques locales, être constituée des habitant·e·s d’une rue, d’un quartier, voire d’un village.

Pratiquement, cela impliquerait pour les listes citoyennes de démultiplier les assemblées populaires au sein de leur territoire communal, afin de permettre le développement d’assemblées proches des réalités de chacun·e. Celles-ci garantiraient alors l’espace et le temps nécessaires à l’expression individuelle et collective et permettraient une réappropriation progressive des pouvoirs politiques. Un tel exercice demande certes un investissement en temps et en logistique plus important que le format classique de la démocratie représentative. Il s’agit donc bien d’instiller une nouvelle culture « globale » de la démocratie directe. Culture qui passera aussi par un rééquilibrage du temps dédié à la chose publique et aux liens sociaux, mais ceci est encore une autre histoire…

Conclusion

Construire et expérimenter des modèles de démocratie qui sortiraient de la logique représentative ne semble pas chose aisée. En effet, toute tentative de transformation sociale prend du temps et fait face à d’inévitables vents contraires qui peuvent également lui être fatals. À l’exploration de certains aspects issus du municipalisme libertaire, il nous semble que celui-ci peut être source inspirante pour redéployer la créativité et les stratégies des listes citoyennes désireuses de faire évoluer les modes de faire politique et d’impliquer plus largement les citoyen·ne·s dans le champ politique.

Qu’il s’agisse de prendre le temps de construire une nouvelle culture de la démocratie au sein des assemblées, d’envisager la participation aux élections locales uniquement comme une stratégie de transfert du pouvoir politique vers les assemblées citoyennes, de sortir de l’agenda politique communal en allant explorer avec les citoyen·ne·s leurs priorités politiques, de développer des assemblées à une échelle plus réduite que la souscription électorale, de renforcer les liens entre ces assemblées au-delà des découpages territoriaux et administratifs officiels…les pistes sont nombreuses.

Il nous semble que loin d’être exhaustive, cette exploration introductive au municipalisme libertaire permet de fournir à ces courageuses listes citoyennes des balises et inspirations pour enclencher et porter cette transformation de la vie démocratique locale par l’exercice du pouvoir politique de citoyen·ne·s réuni·e·s au sein d’assemblées.

À tou·te·s, une belle continuation dans ce dessein…

Quelques ressources pour aller plus loin

D'autres outils pour se mettre en action

Forum, Plénière, Agora... Outil d'inspiration pour aider à la conception et l'animation de grandes assemblées

Une publication pour aider à concevoir et animer un moment de co-construire réunissant un grand nombre de personnes (de 50 à 200). A partir de huit exemples d’assemblées de ce genre, elle explicite la méthodologie utilisée, les clés pour la mise en œuvre et l’animation ainsi qu’une série de points d’attention ou d’écueils à éviter.

Publication téléchargeable ici 

Questionner le sens de nos actions de terrain.

 Une publication ressource lorsqu’on a le sentiment d’avoir perdu de vue le sens de ce qui nous unit et nous porte…et qu’on souhaite le retrouver ou le redéfinir. Elle propose 6 portes d’entrée pour y parvenir : à partir de nos activités et actions, à partir de nos objectifs et intentions, à partir d’une évaluation, à partir d’une difficulté ou une opportunité, à partir d’une envie de transmettre à d’autres et enfin, à partir d’enjeux, motivations ou valeurs qui nous portent.

Publication téléchargeable ici.

Décider ensemble ?! – construire un processus de prise de décision collective

Les portes d’entrée vers la décision collective sont plus nombreuses qu’on ne l’imagine et demande, avant de se poser la question du « comment », de bien clarifier ce que l’on recherche comme décision. Cette publication propose d’explorer les différentes étapes de mise en œuvre d’un processus décisionnel et pointe les questions à se poser pour définir le choix de la méthode la plus adéquate.

Publication téléchargeable ici

Articles et revues en ligne autours du Municipalisme libertaire

  • 0En France, le municipalisme libertaire trace son chemin. A découvrir ici.
  • « Le municipalisme libertaire, qu’est-ce donc ? ». A découvrir ici.
  • « Le municipalisme c’est l’autogouvernement du peuple, pour le peuple, par le peuple ». A découvrir ici
  • « La révolution commence-t-elle par le local ? Expérimentations communales et dilemmes stratégiques ». A découvrir ici.
  •  Reporterre a consacré un article à l'expérience de confédéralisme démocratique du Kurdistan syrien particulièrement inspirant en matière de féminisme et de multiculturalisme. Une révolution sociale multiethnique, féministe et auto-organisée à découvrir ici

Formation - MOOC

Livres

  • Janet Biehl, Le municipalisme libertaire, Écosociété, 2013.
  • Murray Bookchin, Pouvoir de détruire, pouvoir de créer. Vers une écologie sociale et libertaire, L’Échappée, 2019.

Bibliographie

[1] Le Municipalisme libertaire aussi appelé "Communalisme" a été théorisé par le philosophe, militant, penseur social, écologiste et fondateur de l’écologie sociale, Murray Bookchin (1921-2006).

[2] Durand-Folco, J., & Outryve, S. van. (2020). Genèse et métamorphoses du municipalisme libertaire aux Etats-Unis : Vers une première confédération démocratique nord- américaine ? Mouvements, n° 101(1), p. 132

[3]Outryve, S. V. (2020). Le droit réinventé : La lutte des mouvements municipalistes pour le droit de la démocratie directe. In Bailleux, A., & Messiaen, M. (dir.), À qui profite le droit ? Le droit, marchandise et bien commun. Anthemis. p. 227

[4] Durand-Folco, J., & Outryve, S. van. (2020). Genèse et métamorphoses du municipalisme libertaire aux Etats-Unis : Vers une première confédération démocratique nord- américaine ? Mouvements, n° 101(1), p. 133

[5] Cossart, P., & Sauvêtre, P. (2020). Du municipalisme au communalisme. Mouvements, n° 101(1), p. 1

[6] Outryve, S. V. (2020). Le droit réinventé : La lutte des mouvements municipalistes pour le droit de la démocratie directe. In Bailleux, A., & Messiaen, M. (dir.), À qui profite le droit ? Le droit, marchandise et bien commun (p. 221-242). Anthemis.

[7] Outryve, S. V. (2020). Le droit réinventé : La lutte des mouvements municipalistes pour le droit de la démocratie directe. In Bailleux, A., & Messiaen, M. (dir.), À qui profite le droit ? Le droit, marchandise et bien commun. Anthemis. p. 240

[8] Outryve, S. V. (2020). Le droit réinventé : La lutte des mouvements municipalistes pour le droit de la démocratie directe. In Bailleux, A., & Messiaen, M. (dir.), À qui profite le droit ? Le droit, marchandise et bien commun. Anthemis. p. 241

Les jeunes demandent et ouvrent des voies pour de nouvelles formes de coopération

Cet article retrace l’histoire d’allers/retours et de liens qui se sont tissés au cours des deux dernières années entre des jeunes du Nordeste du Brésil et de Bruxelles. Une rencontre sur le « Droit à la ville » à Recife en mars 2019 a été le point de départ de plusieurs "perturbations" assez positives dont nous allons vous parler... Une invitation à sortir de nos schémas, à repenser nos façons d'agir et expérimenter de nouveaux modes de faire.

1554145894321

Rencontre « Éducation populaire, jeunesse et droit à la ville », mars 2019

Une rencontre pour croiser les points de vue des jeunes sur le droit à la ville

Periferia est née d’un pari, d’une intuition, celle que l’échange permet de nous enrichir grâce aux questionnements, au développement d’une vision critique sur notre propre société et notre quotidien…

C’est dans cette perspective nous avons imaginé, courant 2019, avec des partenaires brésiliens (CAIS, CDVHS, CENDHEC, CEAS, FASE) une rencontre qui regrouperait des jeunes venant de différents endroits du Nordeste (Fortaleza, Recife et Salvador de Bahia) afin qu’ils puissent échanger sur leur vision de la ville. Nous étions ±15 personnes, pour la plupart des jeunes femmes de 18 à 28 ans.

En amont de la rencontre, chaque groupe de jeunes avaient préparé des cartes affectives, supports d’expression sur ses ressentis dans l’espace public, mais aussi d’auto-analyses sur les formes d’appropriation et les stratégies mises en place pour occuper la ville. « Dans la ville, où nos corps sont acceptés ? » : c’est de cette façon qu’un groupe a traduit et pensé sa carte. Une manière de souligner combien la perception de la ville est aussi fonction de la place qu’on y prend et que les autres nous laissent.
Cela a été l’occasion pour nous de raconter une démarche similaire menée avec un groupe de jeunes femmes à Molenbeek (Belgique) et de constater collectivement les similitudes entre les différents contextes, notamment en termes de discriminations pour les femmes et les personnes racisées dans l’occupation de l’espace public.

Plus tard lors de la rencontre, un soir, nous avons été soutenir les derniers moments d’une occupation organisée pour résister contre une expulsion : un terrain dans le centre de Recife qui allait être aménagé pour construire des tours de logement et commerces à destination de la classe moyenne. Une manière « d’occuper comme un moyen de résistance et d’affirmation de son corps, de sa place dans la ville ! »

Cette rencontre a été remplie de moments de partage : cartes affectives, expressions de chacun·e à travers des vidéos, des textes, de la musique..., moments de résistance aux côtés des autres, réflexions collectives. Ces images, ces mots, ces sons, ont été autant de témoignages de la violence subie par les jeunes des périphéries et de la force de la résistance qui s’organise au sein des quartiers. « Nous ne sommes pas dans une rencontre classique, nous sommes en train de vivre une expérience collective » a partagé une jeune au groupe, parce que l'espace a permis de tisser des liens forts et de construire un morceau d’histoire collective.

Le dernier jour, nous avons partagé nos impressions et nos perspectives : les participant·e·s ont insisté pour que la prochaine rencontre soit organisée avec eux dès le début. Notamment pour le choix du lieu, il est important de se réunir dans les quartiers périphériques d’où viennent les jeunes et non dans le centre-ville. Symboliquement cela permet de reconnaitre ces quartiers comme partie intégrante de la ville et permet de ne pas renforcer le sentiment d’exclusion que les jeunes subissent au quotidien. D’autre part, multiplier les moments de vie collective et conviviaux comme partager un repas, cuisiner ensemble, aller à un concert, faire une visite du quartier avec ses habitant·e·s pour valoriser leurs capacités et mieux comprendre la vie des jeunes. Pour finir, renforcer la participation des jeunes en ouvrant leur regard sur la gestion des budgets au sein des ONG et notamment pour l’organisation de telles rencontres. En résumé, « Faire AVEC la jeunesse et non POUR elle » et inventer d’autres manières de se rencontrer afin de renforcer la parole et les modes de résistances développés par les jeunes.

Se rencontrer à travers d’autres moyens

Début 2020, toujours plein d’énergies de la rencontre de Recife, nous nous sommes réunis virtuellement pour réfléchir avec les jeunes à l’organisation d’une nouvelle rencontre dans une autre ville du Nordeste. C'était sans penser que la pandémie allait rendre tout rassemblement impossible...

Mais les confinements que nous avons vécus, tous et en même temps chacun de manière différente, nous ont encouragés à inventer de nouvelles formes de dialogue. En juin, en Belgique, c'était le début du premier déconfinement et la redécouverte de l’espace public, alors qu'au Brésil la crise se poursuivait, chacun·e chez soi. Afin de créer des liens entre ces réalités différentes, nous avons imaginé la construction de dialogues à travers l’envoi de cartes postales pour créer des ponts au-delà de l’Atlantique entre des habitant·e·s de la ville de Fortaleza et du quartier Stephenson (Schaerbeek).

Les mercredis de l’été, sur une place du quartier (la place Stephenson), les passant·e·s étaient invité·e·s à venir s’assoir à une table, boire un cocktail de fruits et écrire une carte postale, un message pour les jeunes de Fortaleza. Comme au café, mais le paiement se faisait en mots ! Chaque semaine, les cartes étaient « postées » sur notre compte Instagram. Les brésilien·ne·s pouvaient réagir et nous transmettre leurs cartes.

Messages de courage, mémoire de quarantaine, partage d’œuvres (film, musique…) mais aussi questions et souhaits pour le monde de “l’après” : Quel monde voulons-nous ? Comment résister et s’organiser face à la crise sociale et sanitaire que nous devons affronter ? Au fils des semaines, des dialogues se sont construits et nous avons vu des préoccupations similaires apparaitre des deux côtés de l’atlantique, notamment sur les différences de vécus et de traitement en fonction des quartiers (accès au système de santé, répression policière...).

Photos-expo

Continuer à partager... les situations que nous avons vécues tous ensemble

Ces messages par le biais de cartes postales ont permis différents échanges, rendant possible la participation d'autres personnes. Mais en même temps, ils ne pouvaient pas remplacer l'idée initiale de donner une continuité à tout ce qui avait été partagé lors de la rencontre - ou plutôt, de « l’expérience collective » - de Recife. Nous avons donc profité des opportunités offertes par les numérique pour rassembler des jeunes de plusieurs villes du Nordeste brésilien avec des jeunes de Bruxelles.

En décembre 2020, nous nous sommes rencontrés, chacun·e derrière son propre écran, mais ensemble. Nous étions environ 25, certains se connaissant depuis Recife, d'autres venant pour la première fois de Guarabira, João Pessoa et Bruxelles.

Nous avons commencé la réunion en partageant des dessins « représentant nos corps et notre relation à la ville pendant la pandémie » : une façon de nous présenter à partir de ce que nous ressentons. Des images fortes ont été échangées, dans de nombreux cas, l'exclusion, la répression, le manque de liberté, la difficile survie dans les périphéries et encore plus pour les femmes noires.

Chaque groupe, depuis sa ville, a partagé des éléments de sa réalité en temps de pandémie : à travers des réflexions collectives, des vidéos, de la musique... est apparue la crise profonde que traverse le Brésil, sur le plan sanitaire, sociale mais également politique. Les familles déjà vulnérables, en particulier celles qui travaillent dans l'économie informelle et vivent dans des territoires où les services publics adéquats tels que l'assainissement de base, l'eau potable, l’accès à internet et les transports urbains font défaut, ont vu leurs conditions de vie encore aggravées par la perte de revenus, le manque de nourriture et l'absence de matériel d'hygiène pour se protéger du covid 19. Le manque de réponse des pouvoirs publics (État fédéral et municipalités) a augmenté les contaminations et le nombre de décès. Ainsi le Covid met en avant et donne une plus grande visibilité à tant de crises (sociale, politique, sanitaire…) qui existaient déjà et qui creusent de plus en plus les inégalités.

Un des défis majeurs soulignés par tou·te·s aussi bien dans le contexte belge que brésilien a été la question des discriminations raciales et des violences policières à l’égard des jeunes qui ont augmenté durant les confinements, conduisant à la mort de nombreux jeunes.

encontro_juventudexpandemia_2020
Juventudes e o direito à cidade_Page_02

Résister, créer ensemble, se projeter

Heureusement, les jeunes ont également partagé leurs manières de résister : des espaces et moments collectifs où ils se renforcent, s'expriment pour être entendus et revendiquer leurs droits.

« Pourquoi ne pas produire une musique avec des voix du Brésil et de Belgique pour s'exprimer, sensibiliser et se faire entendre ? Ce serait une façon de se rapprocher, de mettre en évidence combien les discriminations sont globales et structurelles. »

« Plus que jamais, nous devons occuper les périphéries car c'est là que se trouvent nos racines, nos familles. »

Dans ce sens, de nombreux jeunes ont joué un rôle central dans l'organisation de la solidarité au sein des quartiers : distributions
de paniers alimentaires ou de masques, campagne de sensibilisation sur les gestes barrières mais aussi organisation de formation et de débats sur la prise en compte des questions de genre et de race au sein des politiques publiques
mises en place.
Les jeunes de Bruxelles ont présenté une de leurs musiques dénonçant les injustices.

Juventudes e o direito à cidade_Page_04

Le récit d’une histoire collective

Nous partageons ici une histoire collective qui change nos perspectives. Nous avons perçu, dès ce premier moment à Recife, que nous ouvrions ensemble de nouvelles voies qui laissent place à l’expérimentation, à d'autres façons de se rencontrer, de s'exprimer. Nous avons imaginé des espaces sans trop prévoir, en nous laissant guider par les opportunités et la force du collectif. Nous avons facilité des ouvertures vers l'improbable, vers l'inconnu...

Pour les jeunes qui se sentent discriminés en raison de leur histoire, de leurs origines, de leurs choix de vie... participer et nourrir ces échanges contribue à une reconnaissance collective et à l'affirmation de leur place en tant que personne dans la ville.

Ces allers-retours entre le Brésil et la Belgique nous montrent à quel point les situations vécues dans les deux pays, pourtant éloignés géographiquement, politiquement et culturellement, se recoupent. La ségrégation urbaine, la discrimination des jeunes issus des périphéries, la violence subie chaque jour dans les quartiers populaires existent des deux côtés de l’Atlantique et doivent être combattues de manière articulée. Proposer des espaces de connexion pour réfléchir ensemble à la manière d'agir replace les combats de chacun·e dans une perspective de changement social plus global et nous permet alors de repenser notre propre capacité à agir en s’inspirant des modes de faire et stratégies mis en place par d’autres, mais aussi de déconstruire collectivement les paradigmes dominants auxquels le monde entier est confronté.

Force des échanges, source d'inspiration et d'espoir, créativité et audace collective… pour Periferia, nous voyons ce chemin parcouru comme le début d'une histoire que nous voulons raconter et continuer à écrire ensemble.

Episode d’introduction Droit de cité

Episodeintro_full

Cet épisode d’introduction plante le DéCorps de la série : des podcasts qui investiguent par et pour qui est faite la ville ? en allant à la rencontre de différentes personnes et quartiers de Bruxelles.  En partant de la notion de « Droit à la ville », développée par le philosophe marxiste Henri Lefebvre, on réfléchit à la manière dont se développent les villes d’aujourd’hui, et particulièrement Bruxelles. Vous entendrez ainsi l’architecte Catherine Tricot situer le concept de « Droit à la ville » et la sociologue Natalie Rigaux discuter de la construction de la capitale via les analyses de Richard Sennett.

Bonne écoute !

Références

Documentation

  • Bertuccelli, J-L. 1974. « Le droit à la ville de Henri Lefebvre ». https://www.youtube.com/watch?v=Bz8nw9mnJQ8. (de la minute
  • Harvey, D., 2011. Le capitalisme contre le droit à la ville. Néolibéralisme, Urbanisation, Résistances. Editions Amsterdam.
  • IEB, Henri Lefebvre, Le droit à la ville. http://www.ieb.be/Henri-Lefebvre-Le-droit-a-la-ville
  • Lefebvre, H., 1968. Le droit à la ville. Paris : Éditions Anthropos.
  • Lefebvre, H., [1965] 2018.La proclamation de la Commune : 26 mars 1871. Editions La Fabrique.
  • L'Office National du Film du Canada, 1972. « Entretien avec Henri Lefèbvre ».
  • https://www.youtube.com/watch?v=0kyLooKv6mU.
  • Regards, 2018. « Catherine Tricot (architecte) : ‘Penser le droit à la ville c’est repenser la question sociale’ ».https://www.youtube.com/watch?v=TwMqDN9tibk.
  • Rigaux, N., 2008. Introduction à la sociologie par sept grands auteurs. De Boeck, coll. Ouvertures Sociologiques.

Sons & Musique, dans l’ordre d’écoute

Générique

Etude – les Budgets Participatifs : un outil pour de nouvelles démocraties ?

L’étude souligne le point de vue de Periferia au sujet des Budgets Participatifs. Nous constatons que les nouveaux dispositifs actuels s’éloignent fortement du « faire commun » que permet le BP autour des ressources publiques et, surtout, ne permettent pas une implication des citoyens dans les choix politiques de leurs communes.

Le Budget Participatif nous semble vecteur de changements démocratiques. Comment pouvons-nous, à nouveau, nous emparer collectivement des Budgets Participatifs ? Nous montrons grâce à cette étude la force que peut avoir un BP pour construire du « commun » autour et à partir des finances publiques. 

Tout au long du document, nous présentons des expériences (13 au total) de 4 continents pour montrer comment, au-delà des mots, des femmes et des hommes ont mis en oeuvre des Budgets Participatifs audacieux et au service de transformations soci(ét)ales.

Cliquez ici ou sur l'image pour accéder au document pdf !

Quand les citoyens se mêlent de ce qui les regarde – Plusieurs approches du contrôle citoyen

Quel contrôle les citoyens peuvent avoir sur les décisions prises par les pouvoirs publics (élus et administrations) ? Quel devoir ont les représentants de « rendre des comptes » des actions mises en place et de l’utilisation des fonds publics ?

Les formes d’actions de « contrôle citoyen » sont souvent mal perçues par les décideurs et rarement abordées comme le témoignage sain d’une vigilance citoyenne et d’un intérêt pour les affaires publiques…

C’est pour proposer un autre regard sur le contrôle citoyen que Periferia a décidé de se plonger dans cette publication. Pour en ré-explorer le sens et les fondements démocratiques. Pour insuffler le message que le contrôle citoyen est légitime, nécessaire et juste. Pour en livrer des exemples inspirants en Belgique et ailleurs. L’enjeu de ce texte n’est pas de fournir un manuel, mais davantage d’offrir quelques balises pour se positionner et de proposer des tremplins à celles et ceux qui voudraient aller un pas plus loin.

Pour télécharger la publication en format PDF, cliquez sur l'image !

PUBLICATION / Forum, plénière, agora….outil d’inspiration pour aider à la conception et l’animation de grandes assemblées

Biennale, forum, plénière, université annuelle, journée d’études, assemblée générale, agora, fabrique… Quel que soit le nom qu’on leur donne, les rencontres de grande ampleur fleurissent depuis quelques années et se diversifient chaque fois plus. Ces rencontres constituent souvent une étape, dans un processus plus long, où l’on se dit qu’il faut rassembler « plus de monde » ou « une diversité de personnes » pour que ce qu’on construit soit plus légitime, plus inclusif, plus juste, plus efficace, plus pertinent…Si l’enjeu est similaire à celui de rencontres de plus petite taille, à savoir de faire émerger du « commun » à partir de regards et d’intérêts différents, la manière de les organiser et de les animer sera, elle, bien différente.

Cette publication se veut un outil d’inspiration pour aider à la conception et l’animation de telles assemblées. Elle présente huit exemples d’assemblées de ce genre, la méthodologie utilisée pour chacune d’elles, des clés pour la mise en œuvre et l’animation ainsi qu’une série de points d’attention ou d’écueils à éviter.

PUBLICATION / (D)écrire sa pratique pour que d’autres s’en inspirent Élaborer une publication qui transmette des pratiques et des modes de faire

Il faut donner de la visibilité aux initiatives porteuses de transformation sociale, à toutes ces pratiques qui questionnent les modes de fonctionnement actuels et proposent de nouvelles manières de faire orientées vers un futur différent.

L’idée de cette publication est née du constat que de nombreux collectifs et organisations sont davantage dans le « savoir-faire » que dans le « faire-savoir »…et encore moins dans « transmettre » ce qui peut être utile à d’autres.

Pour contribuer à ce défi, nous avons analysé plusieurs chemins expérimentés au cours de ces dernières années pour produire des documents qui arrivent à transmettre à d’autres : repartir d’expériences de terrain pour inspirer, ouvrir de nouveaux horizons, montrer d’autres manières de faire, donner envie à d’autres de se lancer dans une action, d’oser des clés d’analyse et des exemples de mise en œuvre.

Nous avons identifié cinq chemins que nous présentons et analysons : l’extraction méthodologique à partir d’expériences menées, l’exploration d’une question, la diffusion d’un modèle venu d’ailleurs, la mise en récit d’une pratique et enfin la construction d’une méthode.

Dans la dernière partie, nous revenons sur plusieurs éléments transversaux qui nous paraissent fondamentaux, comme la diversité des chemins, la volonté de s’adresser à tous, la spécificité de l’écrit à l’heure des nombreux autres médias, les rôles nécessaires pour ce type de publications.

L’argent dans un collectif : opportunité ou menace ?

Pour télécharger la publication en format PDF, cliquez sur l'image !

Cette publication se penche sur la question, souvent difficile, de l’opportunité ou non de se doter de ressources financières au sein d’un collectif composé de bénévoles. Souvent vue comme une opportunité, l’arrivée d’argent dans un collectif demande immanquablement au groupe de modifier son mode de fonctionnement, de composer avec de nouvelles contraintes et/ou responsabilités. Parfois, cela génère d’importantes tensions, parce qu’on ne s’est pas suffisamment questionné ni préparé à ce changement.

A travers plusieurs démarches de collecte de fonds : financements participatifs, subsides, appels à projets, sponsors, organisations d’évènements, ventes, dons… cette publication invite les lecteurs à se poser une série de questions pour en mesurer l’opportunité réelle ou non et interroge les conséquences que cela peut avoir sur le fonctionnement du groupe.

Quelles contraintes supposent chaque source de financement ? A quoi faut-il être attentif lorsqu’on se met en quête de sous ? Comment faire en sorte que l’argent soit un moyen pour déployer ses actions et non un « poison » qui détruit les relations ? Comment le gérer collectivement ? De quelles compétences ou informations a-t-on besoin pour y parvenir ?

Bienvenue ?! – Ou comment s’outiller, en tant que groupe, à l’accueil et l’intégration de nouvelles personnes ?

Pour télécharger la publication en format PDF, cliquez sur l'image !

La vie des groupes et collectifs est parsemée n’est pas un long fleuve tranquille. Que l’on soit un petit ruisseau ou un grand fleuve, elle subit des remous, des sécheresses et parfois même des inondations. Parmi les étapes qui chamboulent souvent le groupe, on retrouve fréquemment l’arrivée de nouvelles personnes.

Si la plupart des groupes se disent ouverts à d’autres et prêts à les accueillir, dans beaucoup de cas, peu s’y préparent réellement et lui consacre réellement  un temps spécifique.

Mais que cherche-t-on en élargissant le groupe ? Que propose-t-on aux nouveaux membres ? De quoi ont-ils besoin pour trouver leur juste place ? Comment officialise-t-on cette ouverture ? Et notre groupe, qui est-il ?

Cette publication propose un cheminement de réflexion pour aider les groupes à mieux préparer cette ouverture. A travers des éléments plus réflexifs et des questions-clés et balises plus méthodologiques, elle se veut être une ressource pratique tant pour celles et ceux qui font déjà partie du groupe que pour celles et ceux qui le rejoignent en cours de route.

Transformations soci(ét)ales – On en fait déjà, parfois sans le savoir…

Pour télécharger la publication en format PDF, cliquez sur l'image !

Dans une époque de « désengagement », d’indifférence ou de banalisation des grands enjeux de société, étonnamment on rencontre un peu partout des citoyens, des collectifs, des associations qui se bougent et tentent de faire bouger les choses à leur niveau.

Pourtant, ceux-ci n’ont pas toujours une conscience précise de participer, par leurs actions, à un processus de changement ou de transformation sociale… Une expression qui fait peur, nous dépasse, et semble chargée de multiples significations.

Pour permettre à chacun et chacune de s’approprier cette notion – et surtout l’analyse qu’elle suppose – et prendre conscience de la portée de leurs actions, nous sommes allés à la rencontre de plusieurs personnes et expériences en Belgique et en Amérique Latine avec le souhait de proposer une diversité de réalités et de manières de faire. Une première manière d’identifier des dimensions, questions et éléments qui témoignent de changement de la société pour s’en inspirer dans l’analyse de ses propres actions.

Par ailleurs, pour appuyer cette extraction méthodologique, nous proposons d’utiliser le schéma des 4 quadrants de l’approche intégrale (proposée par Ken Wilber) qui nous offre des balises supplémentaires. Chaque expérience a ainsi été décodée à travers le schéma pour montrer la manière de mobiliser cette théorie.

Tout au long de la publication, une série de fils sont ainsi identifiés pour aider à concevoir, encourager, améliorer des démarches de transformation et montrer que « oui, c’est possible ! ».

Décider ensemble ?!? – Construire un processus de prise de décision collectif

Pour télécharger la publication en format PDF, cliquez sur l'image !

On ne s’en rend pas forcément compte, mais nous prenons tout le temps des décisions. Mais dès que nous devons décider à plusieurs, cela semble plus difficile. Parfois même, c’est source de tensions ! On cherche souvent la bonne manière de le faire, la méthode adéquate. Mais que vise-t-on réellement : trancher entre plusieurs options, rechercher l’intérêt général, trouver un compromis, atteindre la décision qui satisfera le plus grand nombre de personnes… ? Les portes d’entrée vers la décision collective sont plus nombreuses qu’on ne l’imagine et demande, avant de se poser la question de la manière, de bien clarifier ce que l’on recherche comme décision.

Étape cruciale d’une démarche de participation, la prise de décision peut également être pensée en amont avec le groupe. Encore faut-il pouvoir identifier les options qui s’offrent à nous…pour éventuellement en imagier d’autres. Et puis, il y a l’avant-prise de décision (la préparation), le moment de prise de décision et l’après-décision, c’est-à-dire le suivi de la décision.

Cette publication propose d’explorer les différentes étapes de mise en œuvre d’un processus décisionnel et pointe les questions à se poser pour définir le choix de la méthode la plus adéquate.

Et si nos sous nous étaient contés…

Les finances locales n’attirent pas les foules… alors que celles-ci se trouvent au coeur des décisions politiques ! Celles-ci apparaissent bien souvent comme une « boîte noire » inaccessible, complexe et impénétrable pour les non-initiés. Pourtant, si l’on souhaite impliquer davantage les citoyens et la société civile au niveau local mais également régional/fédéral, les finances sont une clé nécessaire, voire indispensable, pour comprendre les choix politiques et pouvoir prendre part aux débats publiques. Cette publication vise donc à donner un premier aperçu des principes et du fonctionnement général d’un budget communal ainsi que les leviers possibles pour une action citoyenne.

Cliquer sur l'image pour télécharger

27 juin 2019 : Eurêka ! Bonnes pratiques sur la science citoyenne

Eurêka ! Bonnes pratiques sur la science citoyenne
Eurêka ! Bonnes pratiques sur la science citoyenne
DATE: 

LIEU: 
Muntpunt
Munt 6
1000 Brussel

Belgique

En tant que praticiens et citoyens luttant pour une société meilleure, socialement juste et durable, nous sommes souvent confrontés à des barrières techno-scientifiques. Nos revendications sont contrées par des preuves sur lesquelles nous n'avons aucune prise. L'élaboration des politiques est obscurcie par une masse de données inaccessibles, complexes et très fragmentées. Cela fait souvent obstacle à une discussion transparente entre les citoyens, les gouvernements et les scientifiques.

De nos propres expériences, le BRAL, Cosmopolis VUB, City Mine(d) et Periferia arrivent à une conclusion commune : la production collective de connaissances ou la science citoyenne peut aider à franchir le mur technoscientifique afin de participer véritablement au débat démocratique.

Dans notre nouvelle publication conjointe, nous développons :

À l’occasion du lancement de notre coffret contenant ces quatre publications, nous aimerons partager et débattre nos apprentissages avec vous. Voilà pourquoi nous organisons le 27 juin de 13h30 à 16h à Muntpunt un book-launch + workshop.

Au programme:
13h30 – Lancement du coffret Eurêka + Q&A
14h30 – Workshop (FR + NL) “comment intégrer les sciences citoyennes dans nos actions sociales ou environnementales ?”

Tous les praticiens du secteur socioculturel, des associations, les chercheurs et les représentants des institutions sont les bienvenus. La participation à cet événement est gratuite.

Veuillez-vous inscrire ici.

Eurêka ! Comment les savoirs citoyens peuvent contribuer à co-construire la ville

Cette publication montre comment des citoyens se sont construit de la légitimité pour prendre part à des questions dites « complexes » (qualité de l’air, qualité de l’eau…), en formulant des avis pertinents et parfois en questionnant les données produites par les autorités reconnues. Il s’agit d’un coffret, composé de :

• la partie « Eurêka » - que vous découvrirez en PDF en cliquant sur l'image ci-contre – qui apporte en quelques pages les fondements de la démarche et affirme un point de vue sur ce que devraient être des savoirs partagés ;

• deux expériences de terrain : « EXP’air - Citizen Science, collective knowledge empowers » réalisée par le BRAL (à découvrir en cliquant ici et « Pacco test – les nouvelles technologies, ça se construit » réalisée par City Mine(d) et à consulter en cliquant ici ;

• notre publication existante « Savoirs citoyens… au cœur de nos pratiques » disponible en cliquant ici.

 

Tou·te·s concerné·e·s par les mixités – Se remettre en question pour aborder les mixités

Parler de genre, d’âge, d’origines, de classes sociales et de conditions socio-économiques peut crisper, énerver… Ce sont des sujets sensibles dont on préfère souvent ne pas parler, jusqu’à les considérer comme tabous ! Pourtant, beaucoup de personnes et de professionnels se sentent bien démunis pour répondre à ces enjeux dans leur propre réalité.

Cette publication aborde le concept de mixités, avant de proposer des clés de lecture pour analyser différentes situations sous le regard des mixités. Elle apporte des ressources pour agir (postures, pratiques inspirantes, points d’attention…) et souligne plusieurs questionnements ressortis lors d’une formation organisée sur le sujet avec des professionnels de terrain.

Citoyens : avec, contre, sans… les élus ? De nouvelles formes de relations pour sortir des cases

Dans le contexte actuel, on assiste à de nombreuses prises de position qui semblent se limiter à "on est pour" ou "on est contre". Pourtant, la réalité est bien plus nuancée !

L’analyse de pratiques, avec des formes diverses d’organisation ou de communication permet de repenser les relations au-delà de "partenaires" ou "ennemis", en soulignant les attitudes qui peuvent encourager ou non les relations, et rendre possible leur évolution.

De cette façon, la publication est une "invitation à oser" d’autres relations entre élus et citoyens, entre citoyens aussi, sans s’enfermer dans un cadre.

Différents regards pour un territoire commun : approches de dynamiques territoriales en milieu rural

« Comment aborder le territoire entre différents acteurs et à travers diverses portes d’entrée ? ». Et de là, « comment s’appuyer sur cette diversité d’expertises pour vivre collectivement ces territoires ? »

Ces questions, alimentées par plusieurs expériences et par le regard de deux géographes, trouvent des réponses bien différentes dans des territoires ruraux par rapport aux espaces urbains.

A partir d’expériences, cette publication propose différents chemins pour se lancer dans le développement d’un territoire rural. Les expériences choisies ont vocation à être inspirantes et sont complétées par une approche plus systématisée de « l’intelligence citoyenne », ainsi que par des fils à tirer à partir de toutes ces expériences.

Questionner le sens de nos actions de terrain

La publication pose l’intérêt d’une démarche de questionnement de sens des actions mises en œuvre par des collectifs, tout en pointant quelques balises à ne pas perdre de vue.

Elle propose six portes d’entrée avec outils, exemples et analyses critiques à l’appui, en partant selon les cas :
• des activités et actions de terrain ;
• des objectifs et/ou intentions de départ ;
• de temps d’évaluation ;
• des difficultés et/ou opportunités rencontrées ;
• d’une perspective de transmission à d’autres ;
• et enfin, d’enjeux, motivations ou valeurs.